Category Archives: EntretiensTR

“L’avenir du tourisme est à la proximité” entretien avec Sébastien Repéto

Nouveau volet de notre série de posts “Entretiens TR” dans laquelle professionnels du secteur, voyageurs et blogueurs nous parlent de leur vision du tourisme rural. Aujourd’hui c’est Sébastien Repéto, consultant en web-marketing et médias sociaux dans le secteur du tourisme, qui répond à nos questions.

Sébastien intervient dans la mise en place de stratégies de communication en ligne et s’intéresse de près à l’utilisation des médias sociaux dans le secteur du voyage (www.etourisme-vert.fr). C’est d’ailleurs le thème principal de son blog, www.my-destination.fr. Il est chargé de la stratégie médias sociaux et du community management de www.Voyageons-Autrement.com.

Comment jugez-vous la situation du tourisme rural aujourd’hui ?
En règle générale, le tourisme français a repris des parts de marché à ses concurrents directs que sont les destinations européennes ou nord africaines, qui proposaient ces dernières années des offres très attractives mais qui payent aujourd’hui un contexte économique morose. La tendance s’oriente donc vers plus de proximité, et les français se plaisent à redécouvrir la beauté de leur pays, première destination touristique mondiale. Que serait la France sans sa campagne ? La ruralité est ancrée dans nos racines, et les métropoles françaises représentent d’excellents marchés émetteurs.
Pour moi, le tourisme rural dispose d’un horizon sans nuage, d’autant que l’offre française ne cesse de progresser en qualité.

Selon vous, quels sont les effets qu’Internet, et particulièrement les réseaux sociaux, ont sur le tourisme rural ?
Le tourisme est un secteur qui a connu des bouleversements majeurs avec le développement de l’Internet. Prestataires, agences ou destinations, tous ont vu leur métier évoluer, ajoutant des connaissances en web-marketing à leurs compétences d’accueil. Alors que 80% des vacanciers préparent leurs vacances en ligne et qu’1/2 réservent en ligne, c’est maintenant au tour du mobile de faire son apparition dans les outils incontournables.
Internet facilite donc la promotion, la mise en relation et peut permettre de mieux commercialiser son offre. Les réseaux sociaux participent activement à ce que l’on pourrait qualifier de bouche à oreille numérique. Si un amis me conseille une adresse, cette recommandation aura plus d’impact sur ma décision finale qu’une publicité pour cette même adresse. Le pouvoir de la recommandation est le socle du social marketing, et il est essentiel aujourd’hui d’optimiser sa présence sur les réseaux sociaux.

Pensez-vous que la présence sur les réseaux sociaux peut générer des réservations pour des petits établissements touristiques comme des gîtes ou des chambres d’hôtes ?
Je pense surtout que la présence sur les réseaux sociaux peut permettre de fidéliser sa clientèle et de créer de véritables ambassadeurs de sa structure. Sur les réseaux sociaux, les codes sont différents, et la vente en ligne ne fonctionne pas forcément. Il s’agit donc d’outils complémentaires à un site internet, qui peuvent être utilisés pour valoriser un établissement, pour travailler une présence en ligne ou dans le cadre de la relation client. Bonne nouvelle, ils sont gratuits. Mauvaise nouvelles, ils prennent énormément de temps. Pensez stratégie avant de penser outil !

Quel est, selon vous, le futur du tourisme rural, quels sont ses défis pour les prochaines années ?
Pour moi, l’avenir du tourisme est à la proximité. Je ne pense pas qu’on pourra continuer longtemps à prendre l’avion pour pas cher. Le tourisme rural participe à mon sens à une démocratisation d’un tourisme plus responsable, où l’on privilégie l’art de prendre son temps, où culture et patrimoine locaux sont des éléments essentiels du séjour. Une fois de plus, la ruralité est au coeur de notre pays, et ce tourisme au vert à de belles années devant lui.

Y a-t-il un excès d’offre dans le tourisme rural ?
Qui est mieux placé que les propriétaires pour répondre à cette question ? Je ne pense pas qu’il y est un excès d’offres. Bien sûr, chacun doit se démarquer de ses concurrents, mais si excès d’offre il y a, la sélection des meilleurs se fera naturellement.

En quoi le tourisme rural se démarque-t-il des autres formes de tourisme, qu’apporte-t-il de différent, que recherchent les voyageurs qui le pratiquent ?
Ce que recherche les voyageurs, c’est de l’authenticité. Je connais tellement de propriétaires de gîtes qui ont restauré une vielle grange pour en faire un petit paradis au coeur d’une propriété familiale. On y est reçu comme à la maison, on vous conseille le meilleur boucher du coin (allez y de ma part ! ) ou une balade qu’on ne trouve dans aucun guide. Le tourisme rural, ce sont aussi des propriétaires de chambre d’hôtes, tombés amoureux d’une région qui leur était étrangère, qui reçoivent avec passion et divulguent leurs coins favoris.

Pensez-vous que le concept de tourisme rural est dénaturé ?
Le tourisme rural ne peut se développer que naturellement. Si l’authenticité en est une valeur forte, alors un détournement du tourisme rural est voué à l’échec.

Pensez-vous que la France se met suffisamment en avant comme une destination de tourisme rural ?
Il y a certainement des efforts à faire à ce niveau. Pour cibler les marchés étrangers, c’est important d’utiliser les symboles qui ont une forte notoriété. Alors oui c’est vrai, l’image que véhicule la France à parfois un peu de mal à se détacher des clichés du type Tour Effel, Mont St Michel et Moulin Rouge.

Quel est votre expérience personnelle de tourisme rural ?
Mon attachement au tourisme rural est très fort. Tout d’abord car j’ai passé toute mon enfance dans un territoire de montagne, dans le sud-ouest de la France. Mon entourage familial était et reste très ancré dans le tourisme local. Je suis donc tombé dans la marmite tout petit… C’est donc fort d’une expérience de terrain naturelle que je me suis intéressé au marketing du tourisme. Aujourd’hui, mon engagement professionnel se tourne vers le tourisme responsable, et pour moi, le tourisme rural a toutes les cartes pour en être le terreau en France. Paradoxalement, de plus en plus de métropoles souhaitent devenir des éco-destinations, mais elles ont à mon sens beaucoup plus de chemin à parcourir.

Pouvez-vous nous donner l’exemple d’une personne ou d’une organisation, qui, selon vous, agit positivement pour le tourisme rural ?
Le site internet que je conseille à tout prix, et pas uniquement parce que je fais partie de son équipe ;-), c’est www.voyageons-autrement.com, où l’angle du tourisme rural est plutôt abordé sous la forme de l’écotourisme et du tourisme vert. Ce site est une mine d’information, à la fois destiné aux professionnels du tourisme mais aussi aux voyageurs. En ce moment, le portail organise une grande consultation sur le Tourisme Responsable, n’hésitez pas à y donner votre avis. http://www.voyageons-autrement.com/consultation-2012/

Profil express :
Votre recoin rural préféré : La Vallée d’Ossau dans les Pyrénées.

Le livre que vous emporteriez avec vous : Sur la route de Jack Kerouac.

Un plat dont vous êtes friand : Garbure – Côtes de mouton – Fromage de Brebis (ossau) – Café – Sieste.

Une personne du secteur dont vous appréciez le travail : Le groupement des Maisons d’Hôtes de Charme du Sud Ouest (http://www.maisons-hotes-charme.com/), ils réalisent un travail remarquable.

Un voyage qui vous a laissé un souvenir particulier : 2 pays m’ont vraiment marqué : La Thaïlande et Madagascar.

Votre prochain voyage : La Cappadoce en Turquie (en fait, c’est mon dernier voyage).

“Le tourisme rural permet de vraies rencontres” entretien avec Sarah Dawalibi

Continuons notre série de posts “Entretiens TR” où nous donnons la parole à des professionnels du tourisme, des blogueurs et des amoureux de voyages. Cette fois-ci c’est Sarah Dawalibi, 34 ans, journaliste et blogueuse de voyages pour Le Blog de Sarah qui nous fait part de son expérience.

D’où vous vient cette passion pour les voyages et cette envie de la partager avec les autres ?
J’ai toujours été passionnée par les voyages. Une partie de ma famille est originaire du Moyen-Orient (Syrie, Liban, Arabie Saoudite) et j’ai beaucoup voyagé là-bas étant jeune avec mes parents. Ce qui m’intéresse le plus dans le fait de voyager, c’est de découvrir des cultures différentes, voir à quel point hommes et femmes vivent de manière variée, que ce soit ici ou à l’autre bout de la planète. Partager cette passion est essentiel pour moi car j’ai envie de donner envie aux gens de m’imiter. Voyager est tellement enrichissant que je ne conçois pas qu’on puisse se contenter de vivre sans découvrir le monde.

Est-il possible de vivre d’un blog ?
Je pense que c’est possible oui. Jusqu’à présent, ça n’a jamais été mon objectif, et quand j’ai lancé mon blog (en 2009), c’était juste pour partager mes récits de voyage et ma passion. Mais maintenant, les blogs sont en train de devenir des médias à part entière, capables de générer une forte audience et de fidéliser un lectorat. Pour l’instant j’ai juste gagné un peu d’argent avec des partenariats publicitaires, mais j’envisage sérieusement de passer sur un mode plus professionnel.

Comment voyez-vous la relation entre les blogueurs et les entreprises, les marques ?
Je trouve qu’il y a quelques dérives. Pas mal de blogueurs mélangent contenu rédactionnel (des vrais post de blogs sur des destinations qu’ils ont visité de manière indépendante) et du contenu publi-rédactionnel, uniquement destiné à faire de la publicité en échange de rémunération. Je n’ai rien contre la publicité, bien au contraire, mais il faut que cela soit clairement identifié et cela n’est pas toujours le cas. J’ai toujours refusé de faire des “articles sponsorisés” car pour moi, ce que j’écris sur mon blog ne peut être que tiré de mon expérience personnelle et pas d’un communiqué de presse.

Avez-vous déjà pratiqué le tourisme rural ? Racontez-nous votre expérience
J’ai fait pas mal de randonnée en France: le GR10 dans les Pyrénées, les volcans et les lacs d’Auvergne, la côte d’Albâtre, de Dieppe à Etretat, le GR13 qui traverse le Morvan en passant par Vézelay, le tour de Belle-Ile en Mer… Et aussi le Périgord et le Quercy, mais à vélo cette fois, pendant deux semaines, en dormant sous tente, de campings en campings… J’aime bien voyager à pied ou à vélo, cela permet de découvrir les paysages et les villages qu’on traverse de manière beaucoup plus authentique. J’aime bien loger soit en refuge, en gite rural ou en camping. Mais toujours à la dernière minute: je ne réserve jamais aucun hébergement à l’avance pour avoir plus de liberté sur l’itinéraire.

Qu’appréciez-vous lors de vos séjours à la campagne ? Quelles sont les choses qui vous dérangent ou vous manquent ?
Le calme, les beaux paysages, une bonne nourriture de terroir… Par contre, j’aime bien trouver des endroits animés le soir, et ça n’est pas toujours le cas, surtout hors périodes touristiques.

En quoi le tourisme rural se démarque-t-il des autres formes de tourisme, qu’apporte-t-il de différent ?
Ça n’est pas un tourisme de masse. Il est proche de la nature et des traditions locales. Il permet de vraies rencontres. C’est aussi une bouffée d’oxygène qui permet de faire un break loin de l’agitation citadine… (et c’est une vraie citadine qui parle, je vis à Paris, une ville que j’adore)

Quel est, selon vous, le futur du tourisme rural, quels sont ses défis pour les prochaines années ?
Le futur du tourisme rural est certainement très prometteur. Il est bien en phase avec le besoin de plus d’écologie et de développement durable. Un des principaux défis est sûrement le développement sur Internet et les réseaux sociaux. Les gens préparent de plus en plus leurs vacances sur Internet et apprécient d’y trouver des idées de destinations originales mais pas très loin de chez eux. Un autre défi serait de populariser le tourisme rural à l’étranger, notamment chez nos voisins européens. Quand on va en Allemagne, en Italie, ou en Angleterre, on pense plutôt aux grandes villes comme Berlin, Rome ou Londres… Alors qu’on peut aussi découvrir la campagne bavaroise, la Toscane, ou la campagne anglaise…

Pensez-vous que le concept de tourisme rural est dénaturé ?
Dénaturé? Non, pourquoi, je ne comprends pas bien la question… C’est le concept de tourisme responsable qui est plus souvent dénaturé avec la mode par exemple des “éco-lodges au Kenya”, alors que c’est tout sauf un mode de voyage écologique et responsable.

La destination France est-elle la grande oubliée des blogs de voyages ?
Oui c’est vrai. Je plaide coupable à ce titre également. J’ai commencé mon blog quand je suis partie faire un long tour du monde, alors forcément j’y parle de mes destinations lointaines. Je n’ai pas beaucoup voyagé en France depuis trois ans alors je n’ai pas eu l’occasion de faire des post dessus. Mais souvent je me dis que je devrais parler de Paris puisque c’est une des plus belles villes du monde! Et si je prévois à nouveau des escapades en randonnée, j’en ferai des post bien sûr.

Profil express :
Votre recoin rural préféré : Les Alpes. J’ai un chalet de famille en Savoie et j’aime aller m’y ressourcer, à la fois en hiver et en été. La montagne, c’est toujours un bonheur.

Le livre que vous emporteriez avec vous : Il y a un livre que je relis tout le temps, c’est L’écume des Jours de Boris Vian. J’aime tellement son écriture poétique et imagée. C’est le genre d’auteur qu’on peut lire et relire, et on trouvera toujours une nouvelle métaphore à comprendre, à voir sous un jour nouveau en fonction de son état d’esprit au moment de la lecture.

Un plat dont vous êtes friande : J’adore le confit de canard! Dès que je rentre en France après un long voyage à l’étranger, je me rue dans un bon resto français et me régale d’un confit de canard!! Avec foie gras en entrée… J’adore la cuisine du sud-ouest!

Un(e) blogueur dont vous appréciez le travail : Adeline, du blog http://www.voyagesetc.fr Elle aussi a voyagé dans le monde entier et relate toutes ses aventures sur son blog.

Un voyage qui vous a laissé un souvenir particulier : La Chine. C’est un pays à la fois incroyablement moderne et aussi très archaïque. Le tourisme rural dans les campagnes chinoises, ça c’est une expérience hors du commun…

Votre prochain voyage : Les Etats-Unis. J’ai voyagé sur cinq continents, mais encore jamais en Amérique du Nord. Ce sera en juin prochain, à Philadelphie

“La France est complexée par sa ruralité” entretien avec Anne Chabot

Deuxième volet de notre série de posts “Entretiens TR” destinée à parler tourisme avec des professionnels du secteur. Aujourd’hui, c’est Anne Chabot qui répond à nos questions. Consultante en stratégie de communication sur les réseaux sociaux, elle intervient dans le domaine du voyage et du tourisme depuis plusieurs années notamment pour des sites comme Communes.com, le Palais des Festivals et de Congrès de Cannes, le magazine de voyage A/R, le réseau social de voyageurs beGlob et le off de Marseille 2013.

 

Quels sont les effets d’internet et des réseaux sociaux sur le tourisme en général sur le tourisme rural ?
D’abord une dimension démocratique, car Internet et en particulier les réseaux sociaux ont permis aux plus petits villages de côtoyer de grandes destinations touristiques sur un même outil de communication gratuit et à large portée. Bien sûr, l’impact n’est pas exactement le même, car il faut une vraie offre et un minimum de ressources pour assurer une communication réussie. Mais avec de la créativité et un peu d’investissement, de nombreuses petites communes ont su tirer parti de leur présence sur les réseaux sociaux et devancer les « grandes » destinations.

Pensez-vous que la présence sur les réseaux peut générer des réservations pour des petits établissements touristiques comme des gîtes ou des chambres d’hôtes ?
Oui, mais le volume de réservations dépend encore une fois de l’investissement sur les réseaux sociaux et de l’établissement. Difficile pour une petite chambre d’hôtes d’avoir le même impact qu’un grand hôtel. Comme n’importe quel outil de communication, les réseaux sociaux peuvent permettre aux chambres d’hôtes de faire la promotion de leurs établissements. J’imagine par exemple qu’elles peuvent fidéliser leurs clients en les invitant à rejoindre leur page fan, qui en parleront à leur tour à leurs amis…

Quelle est votre expérience personnelle du tourisme rural ?
Je suis une fille de la campagne ! Mes parents ont lancé une activité de gîtes et de chambres d’hôtes dans le Beaujolais, où ils accueillent toute l’année des touristes français et étrangers. Mon expérience du tourisme rural ? Le développement de leur site internet, la promotion via les sites et les agrégateurs hôteliers (Booking) 😉 J’essaie même de les convaincre de créer leur page fan mais pour l’instant ils sont encore un peu réticents…

Comment jugez-vous la situation du tourisme rural ?
Je pense qu’il ne connaît pas la crise ! On le sait, les Français privilégient maintenant les séjours courts et longs week-ends mais aussi le tourisme de proximité pour des raisons économiques. Et c’est là que le tourisme rural prend toute sa valeur ! De plus, les citadins blasés et fatigués se délectent de séjours à la campagne où ils peuvent retrouver des valeurs oubliées en ville comme la simplicité et la « slow attitude ».

Que recherchent selon vous les voyageurs qui pratiquent le tourisme rural ?
Le calme, la rupture avec leur quotidien, le retour à la nature et aux valeurs « sûres » comme la découverte du monde rural, de l’artisanat et des traditions. La proximité et le prix plus modéré jouent également un rôle dans la prise de décision et en particulier pour un week-end ou un court-séjour. Un dernier point : ces voyageurs veulent être guidés dans leur séjour et en particulier pour les possibilités de loisirs qui s’offrent à eux. Car la campagne a trop souvent la réputation d’être un endroit où on s’ennuie : pas de mer, pas de montagne, pas de loisirs urbains !

Pensez-vous que la France se met suffisamment en avant comme destination de tourisme rural ?
La France est complexée par sa ruralité. Les efforts de promotion vont aux destinations plus prestigieuses comme la Côte d’Azur, les châteaux de la Loire ou Paris plus que le Lot-et-Garonne ou la Normandie ! Il y a bien sûr quelques institutionnels qui – dans une démarche assumée – ont intégré la campagne à leur offre touristique. C’est notamment le cas du CRT Auvergne, qui multiplie les actions dans ce sens.

Profil express :
Votre recoin rural préféré : le Beaujolais (je manque cruellement d’objectivité sur cette question) pour ses courbes vallonnées, ses vignes colorées en automne et ses ravissants petits villages

Le livre que vous emporteriez avec vous : la biographie de Steve Jobs (parce que je n’ai pas encore eu le temps de la lire)

Un plat dont vous êtes friande : le gratin dauphinois

Un(e) collègue dont vous appréciez le travail : Frank Bonnet de Communes.com qui a lancé un portail pour toutes les communes de France – petites ou grandes !

Un voyage qui vous a laissé un souvenir particulier : mon séjour en Inde du sud

Votre prochain voyage : en négociation

“Le tourisme rural est extrêmement moderne” entretien avec Caroline Kyberd

Aujourd’hui nous inaugurons une nouvelle série de posts “EntretiensTR” dans lesquels nous interrogerons régulièrement des professionnels du secteur, blogueurs, propriétaires de logements, voyageurs pour évoquer leur vision du tourisme en général et du tourisme rural en particulier.

Pour ce premier rendez-vous c’est Caroline Kyberd, rédactrice en chef d’Accueillir Magazine qui répond à nos questions. Elle a créé ce magazine spécialisé avec Charles Lecointe, il y a sept ans, avec pour objectif d’informer en toute indépendance les propriétaires de chambres d’hôtes sur tous les aspects de la vie d’une maison d’hôtes : gestion, fiscalité, réglementations, vie pratique, Internet, promotion…

Comment jugez-vous la situation du tourisme rural aujourd’hui ?
On le redécouvre. Avec le stress et la vie actuelle, il y a de plus en plus un besoin de nature et de calme. Avec internet, les personnes intéressées peuvent sortir de l’offre packagée et préparer leur séjour sur-mesure. Il y a un gros potentiel pour les années à venir, d’autant plus que par rapport à beaucoup de pays, nous avons en France des paysages et des villages préservés.

Selon vous, quels sont les effets qu’internet, et particulièrement les réseaux sociaux, ont sur le tourisme rural ?
Sur le tourisme en général, cela a complètement changé les habitudes d’information et de réservation. Cela devient compliqué de comprendre les règles qui changent en permanence, mais en même temps, une maison d’hôtes peut être réservée depuis l’autre bout du monde et certains territoires, dotés de peu de moyens financiers, peuvent y trouver des opportunités de communication, surtout s’ils font des choix marqués. C’est pour cette raison que nous consacrons de nombreux articles à la visibilité sur Internet dans Accueillir Magazine.

Pensez-vous que la présence sur les réseaux sociaux peut générer des réservations pour des petits établissements touristiques comme des gîtes ou des chambres d’hôtes ?
Oui, clairement, mais à condition de bien soigner sa communication qui doit être cohérente avec son site internet et son offre d’hébergement.

Quel est, selon vous, le futur du tourisme rural, quels sont ses défis pour les prochaines années ?
Le futur très positif. Les défis, j’en mettrai deux principaux : les moyens de transports alternatifs au véhicule individuel et que les acteurs du tourisme locaux arrivent à travailler vraiment ensemble.

Y a-t-il un excès d’offre dans le tourisme rural ?
Non sûrement pas, même si cela peut être le cas localement dans une commune ou une petite région. Il y a parfois trop de gîtes et pas assez de chambres d’hôtes ou pas de gîtes de grande capacité… Il y a encore de la place pour des projets bien pensés, des activités thématiques et pour de l’innovation.

Que recherchent, selon-vous, les voyageurs qui pratiquent le tourisme rural ?
La nature, le calme et les rencontres et je rajoute la gastronomie parce qu’en général on y mange très bien. On s’y ressource, on prend le temps du voyage, on y cherche du dépaysement, en tout cas quand on habite en ville.

En quoi le tourisme rural se démarque-t-il des autres formes de tourisme, qu’apporte-t-il de différent ?
Je n’aime pas opposer les genres et c’est un classement un peu administratif. Si je devais qualifier le tourisme rural, je mettrai en avant la nature et un côté plus intimiste, une zone de découverte et de dépaysement.

Pensez-vous que le concept de tourisme rural est dénaturé ?
Il peut y avoir des confusions entre différentes notions, tourisme vert, rural, campagnard, authentique, écologique…, une certaine intelligentsia parisienne a également trop longtemps opposé ruralité et modernité. Mais le tourisme rural est extrêmement moderne et correspond à de nombreuses attentes, il a tous les atouts devant lui, plus que certains territoires à l’immobilier vieillissant.

Pensez-vous que la France se met suffisamment en avant comme une destination de tourisme rural ?
La communication de la France cherche à toucher le plus grand nombre, elle cible beaucoup le côté monuments, histoire et art de vivre et les grands lieux touristiques. Mais le consommateur devient de plus en plus autonome. Il est en mesure de faire ses propres choix. Et il ne faut pas oublier que contrairement à d’autres destinations, le touriste français voyage beaucoup dans son propre pays et ne regarde pas la communication institutionnelle du pays, mais celle des territoires.

Quel est votre expérience personnelle de tourisme rural ?
Le virus a été pris dès toute petite, j’ai eu la chance de sillonner avec mes parents la France sur les petites routes, de dormir dans des auberges. On faisait l’itinéraire en fonction des restaurants où on allait manger, des viticulteurs chez qui on allait acheter le vin, des spécialités gastronomiques et des églises à visiter. Tours et détours, on ne se souciait pas du kilométrage, il n’y avait pas autant d’autoroutes et c’était une autre façon de traverser le pays.

Pouvez-vous nous donner l’exemple d’une personne ou d’une organisation, qui, selon vous, agit positivement pour le tourisme rural ?
Je mets en première place les propriétaires de gîtes et chambres d’hôtes qui partagent leur passion de leur territoire, ce sont les meilleurs ambassadeurs que je connaisse. Sans eux, je serai passée à côté de beaucoup de visites, et d’expériences.

Profil express :
Votre recoin rural préféré : les vignes et les produits qui en découlent, je suis d’ailleurs fière grâce aux chambres d’hôtes locales et particulièrement les Tilleuls à Lucenay d’avoir été intronisée par les Grappilleurs du Beaujolais des Pierres Dorées. Chaque fois que je peux, je visite les fermes et l’accueil à la ferme ; dès qu’on me met un lapin ou un agneau dans les bras ou que je peux donner un bout de pain à un âne, je craque.

Le livre que vous emporteriez avec vous : pas un mais une pile, sauf à être sûre d’en trouver sur place, une maison d’hôtes qui met en photo une bibliothèque pleine de livres me séduit à coup sûr. Dans mes bagages, un ou deux guides de tourisme, des livres d’histoire, les derniers parus de mes auteurs fétiches et quelques romans policiers, c’est mon point faible et parfait pour la sieste.

Un plat dont vous êtes friande : salé obligatoirement, en général tous les plats du terroir mais une mention particulière pour le lapin au vin que cuisine ma maman.

Un(e) collègue dont vous appréciez le travail : Charles Lecointe qui travaille avec moi pour Accueillir Magazine et me supporte au quotidien avec un flegme étonnant à moins que ce ne soit une capacité toute masculine à ne pas m’écouter.

Un voyage qui vous a laissé un souvenir particulier : dernièrement, une balade sur le lac du Der dans le bateau d’un propriétaire de chambres d’hôtes pour découvrir les oiseaux.

Votre prochain voyage : un week-end en famille en Bretagne.